La « personnalité animale » vue par Marguénaud : un sujet de droit

Lorsque le professeur Jean-Pierre Marguénaud https://www.babelio.com/auteur/Jean-Pierre-Marguenaud/319684 évoque la « Personnalité animale », il ne parle pas de psychologie, mais de droit… Pour développer ce concept, l’universitaire est venu à l’Ecole de Droit de Clermont-Ferrand, à l’invitation de l’une des enseignantes (qui fut aussi son élève), Anne-Blandine Caire, et du doyen de la faculté, Christine Bertrand. La conférence se déroulait dans un amphi Trudaine quasiment plein, le 27 mars 2019. Enseignant à Clermont-Ferrand, puis à Limoges et Montpellier, Jean-Pierre Marguénaud est l’initiateur, en France, du droit de l’animal. Depuis de longues années, il bataille sans relâche pour faire admettre les animaux dans une nouvelle catégorie du droit afin de les sortir de ce no man’s land juridique dans laquelle ils se trouvent. Considérés comme des êtres sensibles (codes pénal, rural et civil), ils n’en restent pas moins assujettis à la catégorie des biens. Il n’existe en effet aucune alternative aux catégories des personnes ou des biens. La personnalité animale est une vieille idée qui avait été soutenue dans une thèse au siècle dernier… Jean-Pierre Marguénaud lui-même était l’auteur de cette thèse présentée en 1987. « Mes propos ont été souvent détournés. On m’a fait dire le contraire de ce que je disais. Aujourd’hui, je désire exhumer la personnalité animale, et appeler à sa consécration. » « Lévitation juridique… » Revenant sur ce qui avait présidé à la genèse de cette idée, il précisait qu’il s’agissait avant tout de « poser une règle technique, c’est-à-dire un outil bien commode pour apporter aux animaux une protection supérieure à celle qu’ils peuvent avoir aujourd’hui ». Ajoutant : « On a dit que je voulais assimiler les animaux à des personnes morales. Il ne s’agit pas de cela. La notion de personnalité morale est censée protéger une entité qui ne souffre pas, comme une association, par exemple. Le concept de personnalité animale, au contraire, vise à protéger des individus qui souffrent. Bien sûr, on a parlé aussi d’un concept de personnalité juridique non humaine. Mais c’est une définition négative. Ça ne vaut pas que pour les animaux. Il peut s’agir d’un robot, d’une personne morale… » Et le conférencier de rêver : « Si la France était le premier pays à reconnaître la personnalité animale, quelle consécration ce serait ! Elle obéirait à une nécessité de logique juridique et serait un moyen efficace d’améliorer la protection de certains animaux. » Notre système juridique est basé sur la dichotomie bien/personne. « Que sont devenus les animaux ? On dirait qu’ils se trouvent dans une sorte de lévitation juridique. Il y a urgence à les en faire redescendre… » En 2015, la réforme du code civil (« Avant, il y avait un petit doute, aujourd’hui il n’y en a plus… ») (*), déclarait Jean-Pierre Marguénaud qui a œuvré lui aussi pour cela, a représenté un progrès certain (NDR : là-dessus, on nous permettra d’être un peu sceptiques, voir en fin de texte). Le code rural reconnaît lui aussi les animaux comme des êtres sensibles, « c’est bien, mais c’est quand même réservé aux chasseurs et aux agriculteurs. On ne peut pas y changer une virgule sans l’avis de la FNSEA ». Reste que dans le code rural comme dans le code civil, les animaux demeurent soumis au régime des biens, tout en n’étant pas vraiment des biens… La philosophie, les sciences et le droit Alors ? « Il serait souhaitable, intervient Jean-Pierre Marguénaud, de les intégrer dans une catégorie intermédiaire. Cela ne présenterait pas d’inconvénient majeur par rapport au fonctionnement de la société ». Et de citer Steven Wise et son ouvrage Rattling the cage (2000), traduit en Continue Reading →

La Griffe établit le bilan de l’année 2018

L’année 2018 a été marquée par une chute du nombre des nouvelles adhésions (19 contre 41 en 2017 et une soixantaine par an les années précédentes). Par bonheur, cette année, nous avons évité le déficit. Il n’y a que peu de différences entre le poste dépenses et le poste recettes, contrairement à 2017. Le budget se joue entre les dépenses de nourriture et de soins vétérinaires, avec un poste fonctionnement pour ainsi dire dérisoire. C’est que nous n’avons dépensé que l’argent strictement nécessaire. Cette année, il va nous falloir renouveler notre matériel : tracts, affiches, banderoles… On note en 2018 une augmentation sensible des dons, ce qui nous encourage en un temps où les raisons de s’inquiéter sont multiples. Manque de visibilité ? La conjoncture, en effet, n’est guère favorable (hausse des prix, prélèvement à la source, etc.), morosité due aux problèmes sociaux, environnementaux et climatiques. Quant à la baisse des adhésions, peut-être a-t-elle des causes liées à l’association elle-même, je pense par exemple au manque de visibilité. Pendant deux ans, le site n’a pas été remis à jour. Il va l’être bientôt grâce à Arnold, qui a proposé fort gentiment de nous aider. Pendant plusieurs mois, pas de lettre numérique non plus, parce que personne ne maîtrisait le sujet. Pour ma part, je n’ai même plus le temps de rédiger, mettre en page, envoyer à l’impression et poster les Griffonnages, les petits bulletins papier que nous envoyions aux adhérents n’étant pas connectés à Internet, les autres recevant la version numérique. Ne disposant plus d’infographiste (ou du moins de quelqu’un ayant des notions d’infographie), nous ne préparons plus de documents tels que les tracts, les affiches, les banderoles, etc. De toute façon, pour ce qui est des tracts, nous n’avons personne pour les distribuer. Nous avons raréfié nos apparitions publiques, toujours par manque de bénévoles. Un manque qui se fait cruellement sentir dans toutes les actions que nous menons. Autant dire que nous sommes une poignée pour intervenir, or le nombre de nos interventions, elles, sont inversement proportionnelles aux moyens dont nous disposons pour les mener. Interventions auprès des animaux Nous continuons, à nos risques et périls, à faire ce que nous avons toujours fait : essayer de sauver autant d’animaux que nous le pouvons. Mais nous arrivons au point où nous ne pouvons guère en accueillir davantage. Nous ne disposons pas de refuge, ni d’un local qui pourrait éventuellement en faire office, même avec un nombre de places limité. Nos animaux se trouvent chez des accueillants qui, pour certains du moins, en accueillent beaucoup. Nous sommes proches de l’asphyxie et désormais nous allons devoir réfléchir à la forme que prendront nos futures actions. Il est en effet difficile, pour ne pas dire impossible pour nous de laisser un animal livré à lui-même et en souffrance. Faut-il fermer les yeux, se boucher les oreilles ? Ne pas voir, ne pas entendre ? Tous les jours ou presque nous recevons des appels pour un chat, pour un chien ou autre, malade, perdu, battu, abandonné, etc. Chaque fois que nous pouvons intervenir, nous le faisons, et nous réfléchissons après… Ce qui signifie que nous improvisons. Nous arrivons à nos limites. Pour l’instant, s’il existe des solutions, nous ne les connaissons pas. Cette situation nous inquiète et nous chagrine, d’autant que sur un plan plus général, rien n’avance. La cause animale est la grande oubliée des gouvernements qui se succèdent, l’actuel n’est pas en reste. Une situation ubuesque Je tiens à dire un mot sur la situation ubuesque dans laquelle nous Continue Reading →

Goliath, ou une trop brève rencontre

Goliath est mort. La maladie a gagné. On aurait bien voulu qu’il vive plus longtemps, ce grand chien tendre et rigolo. On aura essayé. Nous l’avions pris en charge début mars. Son « maître » était un jeune homme en errance, ou plutôt en erreur. Ni révolté ni asocial, il cherchait plutôt à faire son trou dans la société, mais sans savoir trop où il allait, ni ce qu’il voulait, et en présumant de ses capacités. C’est de cette façon qu’il s’est retrouvé à la rue. Il a emmené Goliath. Il disait qu’il avait eu ce chien lorsqu’il était adolescent. D’après lui Goliath avait neuf ou dix ans, il ne se souvenait plus vraiment de l’année de sa naissance. Il le traînait avec lui de centre d’accueil en squat, mais un jour Goliath s’est montré fatigué, lui qui était toujours plein de vie. Et puis il lui est venu d’inquiétantes grosseurs dans le cou… Quelqu’un a appelé La Griffe. C’était une éducatrice du Collectif Pauvreté Précarité de Clermont-Ferrand. Elle nous a signalé le drôle de tandem que formaient le jeune homme et son chien. Nous a demandé notre aide : il fallait conduire l’animal chez un vétérinaire, mais son maître n’avait pas un sou… Et c’est ainsi que Goliath est entré dans ma vie… L’histoire de Goliath et de La Griffe a été brève. Commencée le 7 mars 2018, elle a pris concrètement fin le 22 juin de la même année, avec la mort du chien. Mais comment peut-on dire qu’une histoire est terminée ? Rien de ce qui a été ne meurt tout à fait. Le 7 mars, donc, nous avons répondu à l’appel évoqué plus haut. Le lendemain, nous avions un rendez-vous chez un vétérinaire. Entre le moment où j’étais allée chercher le jeune homme et le chien et celui du rendez-vous, il devait s’écouler deux heures. Que l’on a passées dans mon jardin, ce qui m’a permis de constater que Goliath ne développait aucune agressivité ni envers mes chats ni envers les autres chiens, plutôt de l’indifférence. En revanche, il était très intéressé par les quelques jouets, surtout des balles, que je lui avais mis sous le nez. Le diagnostic du praticien a été rapide et sans appel : un lymphome, autrement dit un cancer du système lymphatique assez sévère qui devait entraîner inexorablement la mort du chien dans les semaines, au mieux dans les mois à venir si rien n’était tenté… La Griffe n’a pas beaucoup d’adhérents (nous plafonnons en ce moment à 170/180) mais ils sont extraordinaires. Après cette nouvelle, il nous fallait prendre une décision rapide : traitement palliatif jusqu’au décès du chien, qui n’aurait pas tardé, ou alors tentative de juguler la maladie avec une chimiothérapie. Nous avons opté pour la seconde solution, tout en sachant que celle-ci n’était nullement garante de la guérison. De plus, on ne nous a pas caché que le traitement serait très coûteux. Nous avons lancé une collecte. Une trentaine d’adhérents y ont répondu. Nous avions de quoi traiter Goliath pendant plusieurs mois. Ensuite, on verrait… La chimiothérapie devait commencer le plus rapidement possible, sinon le lymphome s’aggraverait dangereusement. Devant la grosse bouille confiante de ce géant sombre et l’inquiétude non feinte du garçon, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai pris seule la décision de lui venir en aide, je n’avais pas la possibilité de joindre mes collègues. Je savais qu’elles approuveraient ce choix. Dès le lendemain Goliath est venu vivre chez moi. C’était plus confortable pour lui, plus pratique pour moi et plus facile pour son Continue Reading →

Rien n’est simple : la cause animale n’échappe pas aux dilemmes

J’ai assisté à une conversation entre militants animalistes qui soulevaient un dilemme fréquemment rencontré et qui est beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît. Les uns évoquaient la possibilité d’acheter à un éleveur plusieurs agneaux pour leur éviter le sacrifice de l’Aïd (celui-ci a eu lieu les 11 et 12 septembre). Les autres faisaient remarquer aux premiers que l’intention était noble, mais qu’elle ne réglait en rien ni le problème de l’élevage ni celui de l’abattage, car les agneaux seraient remplacés par d’autres et l’éleveur, lui, n’y serait pas perdant… Au fond, personne ne savait trop ce qu’il était juste de faire en pareil cas, les premiers connaissant parfaitement, et les approuvant dans une certaine mesure, les arguments des seconds, les seconds ne pouvant balayer d’un revers de main les arguments des premiers à savoir que quelques vies de sauvées, c’était déjà ça. En réalité, deux attitudes s’affrontaient sans vraiment l’exprimer : celle qui consiste à tenir compte, lors de toute action, du facteur émotionnel, ou compassionnel, et celle qui met en avant la seule raison au service d’une plus grande efficacité. Il est évident que ni l’une ni l’autre de ces attitudes n’est complètement satisfaisante, parce que dans un cas, elle fait en quelque sorte le jeu de ce contre quoi elle est censée lutter, dans le second cas, elle fait fi de ce qui est l’origine même du combat pour la justice, à savoir l’empathie, l’altruisme, sans lesquels aucune avancée, ni humanitaire, ni animalitaire, n’aurait jamais vu le jour. On a connu au cours de l’histoire de ces personnalités monolithiques pour lesquelles la moindre des concessions à ce qui pouvait passer pour un manquement aux yeux de l’objectif à atteindre était inacceptable. De tels personnages ne connaissent pas la nuance et ne désirent pas la connaître. Ils puisent dans des certitudes quasi minérales la matière de leur inflexibilité. Il n’est pas question pour eux de dévier de la ligne préalablement tracée, sous peine de se voir coupable de trahison. Quel que soit le nom qu’ils portent et la cause qu’ils défendent, ils font preuve d’une rigueur  inhumaine, car la vie, les mouvements auxquels elle contraint bêtes et gens, tout cela n’est pas d’un seul bloc. Les choix ne sont jamais faciles. Qu’il s’agisse de ressentir de la pitié pour un ennemi, au point de l’épargner, alors que d’autres l’ont condamné, qu’il s’agisse de ressentir de la compassion pour quelques agneaux au point de leur éviter le couteau, tout en sachant que cela n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de souffrance, le problème se pose : est-on en train de faillir à la mission que l’on s’est préalablement assignée ? Cette dualité a fait maintes fois l’objet de développements de toutes sortes : légendes, mythes, romans, films, ont abondamment emprunté leur substance au problème du choix cornélien, là où, quelle que soit la voie empruntée, ce ne sera jamais vraiment la bonne. En matière de militantisme animaliste, ce n’est pas différent. Lorsque nous appelons à ne pas acheter d’animaux de compagnie issus d’élevages, mais à les adopter dans les refuges, nous sommes dans la même situation que celui qui désapprouve d’acheter des animaux de boucherie pour leur éviter la mort, parce qu’il est évident qu’en faisant cela, en achetant animaux de compagnie ou de boucherie, nous participons à cette odieuse marchandisation des animaux, que nous dénonçons à cor et à cri. Et jamais nous ne pourrons acheter TOUS les animaux pour les sauver, et quand bien même, les producteurs auraient vite fait Continue Reading →

Quels droits pour les animaux ? Sur le terrain, une justice absente

Dans un certain nombre de pays du monde, essentiellement en Europe et sur le continent américain, les animaux bénéficient de quelques lois, dont la teneur et l’importance sont variables selon les Etats, censées les protéger dans leur relation avec les hommes. Mais comment pourraient-ils, à l’instar des petits enfants ou des personnes déficientes mentales, faire valoir leurs droits devant la société ? Ils ne possèdent pas de langage articulé, pas d’écriture, n’ont par conséquent aucun accès à ce qui est formulé en langage humain. Pour faire valoir ces droits, il leur faut des ambassadeurs, des porteurs de parole… C’est le rôle des associations de défense que de se battre pour que les droits des animaux soient respectés et aussi pour que s’élargisse le champ de ces droits, car, pour l’heure, ceux-ci, qui visent à poser un cadre à la relation homme-animal, servent le plus souvent à codifier l’exploitation des seconds par les premiers. La question est la suivante : comment les associations de défense peuvent-elles s’accommoder des rares articles de loi qui concernent la protection réelle et effective des animaux contre la brutalité et la cupidité des hommes ? Elles sont pourtant bien souvent les seuls garants de l’application de ces lois auprès de la justice. Mais quels sont leurs recours réels ? Sur le terrain, quel est le rôle exact de la loi ? Le droit français, en ce qui concerne la protection stricte des animaux en tant qu’individus (si l’on écarte tout ce qui concerne les animaux au seul titre de l’espèce), se résume à assez peu de choses. En outre, les animaux sauvages qui ne font partie d’aucune espèce protégée ne bénéficient, eux, d’aucune protection légale, c’est encore plus vrai dans le cas des espèces déclarées « nuisibles » auxquelles l’on peut faire subir ce que l’on veut, et l’on ne s’en prive pas (voir certaines pratiques de chasse…). Le code pénal comporte plusieurs articles essentiels concernant les animaux : l’article 521-1[1], l’article 653-1[2], l’article 654-1[3] et l’article 655-1[4]. Il y aurait de nombreux commentaires à apporter, notamment sur l’introduction de la notion de « nécessité » dans la mise à mort, bien commode pour tolérer certaines pratiques comme les « euthanasies » arbitraires dans les fourrières ou certains refuges… On remarquera par ailleurs que l’article 521-1 est accompagné d’une dérogation de taille : « Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie ». Cette aberration du droit français a été suffisamment commentée par ailleurs, nous n’y reviendrons donc pas ici, mais nous soulignerons l’imprécision des termes « tradition locale ininterrompue ». Qu’en est-il des autres articles ? Lorsqu’il s’agit de mauvais traitements, dont la gravité et la nature ne sont pas définis, la sanction n’outrepassera pas la simple amende. De même pour le fait de donner volontairement la mort, sans nécessité, publiquement ou non. Dans ce cas l’amende pourra se monter au maximum à 1.500 euros. Un plafond rarement atteint. Par ailleurs, il est bien rare que l’on ne puisse invoquer une quelconque nécessité à mettre à mort un animal… En réalité, les accusations pour sévices graves et actes de cruauté sont très peu retenues. Elles sont le plus souvent requalifiées en actes de maltraitance, et ne sont plus passibles que d’une amende, en supposant qu’elles arrivent jusqu’au tribunal. Quant aux actes de maltraitance… Nous verrons plus loin ce qu’il en est. Le code civil a récemment Continue Reading →

Médias et animaux : des victimes invisibles aux chiens écrasés

« Fort heureusement, il n’y a aucune victime… », c’était le commentaire qui revenait en boucle sur les stations d’info, lorsqu’on évoquait l’incendie géant qui était en train de ravager la province de l’Alberta, au Canada. Une centaine de milliers de personnes évacuées, un brasier s’étendant sur une surface gigantesque (au moins, dit-on, comme quinze fois celle de la ville de Paris). Mais « il n’y a aucune victime ». En était-on bien sûr ? N’aurait-on pas dû préciser « aucune victime humaine » ? Car des victimes, il y en a eu. Même sans les voir, sans les connaître, on est sûr qu’elles existent, qu’elles sont innombrables… Ces victimes, ce sont les animaux qui se sont fait piéger par la fournaise… Pas de plan d’évacuation pour eux. Mammifères surtout, ainsi que reptiles et tous autres animaux vivant au sol, mais aussi sans doute poissons, oiseaux, batraciens… Des insectes aussi, bien entendu. Ils ne comptent donc pour rien ? Non, ils ne comptent pour rien. C’est comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’avaient jamais existé. La renarde qui devient folle d’angoisse parce que le feu approche du terrier où elle garde ses petits, les cervidés qui fuient devant l’ennemi implacable qui ne va pas tarder à les rattraper, les flammes qui se referment sur les uns et les autres, la peur panique, la souffrance… Asphyxiés, brûlés vifs… Et l’on nous dit benoîtement qu’il n’y a « aucune victime »… Il en va ainsi de toutes les catastrophes naturelles, séismes, raz-de-marée, voire d’accidents d’origines diverses… Ils ne s’en prennent qu’aux hommes. Ils ne font de victimes qu’humaines. Celles-là seules sont importantes. Comment pourrait-il en être autrement ? Combien sommes-nous à penser que nous avons, sinon un devoir d’assistance envers les animaux, au moins une obligation morale de reconnaissance de leur existence ? Les pompiers et tous ceux qui se trouvaient sur les lieux avaient donné un nom à l’incendie, comme on donne un nom aux ouragans. On ne peut lutter efficacement que contre ce que l’on nomme. Ils l’avaient appelé « The Beast ». Un terme dérivé du latin bestia, qui signifie « bête ». Pas n’importe quelle bête, cependant. Bestia désignait l’animal destiné aux arènes. C’était celui qu’affrontaient les gladiateurs… Bestia a donné, en français, « bête » bien sûr, mais aussi bestial, bestiaire, et « beast » en anglais… La bête c’est l’animal féroce, l’animal maudit, comme la bête du Gévaudan ou de l’Apocalypse. La bête de l’Alberta, qui n’en était d’ailleurs pas une, a coûté la vie à des multitudes d’autres bêtes bien réelles, celles-là, et qui n’avaient rien ni de dangereux ni de maléfique. L’on fait dire aux mots ce que l’on veut. Et, c’est étrange, les métaphores « animalières » sont rarement favorables aux animaux ou, c’est selon, aux bêtes… L’actualité est une source inépuisable de motifs de s’enthousiasmer. Il y a les animaux victimes de The Beast, et puis il y a aussi cette terrible histoire qui s’est déroulée dans un foyer alsacien. Un chien, un american staff, a tué un enfant de dix-huit mois, chez ses grands-parents. On ne sait pas grand-chose des circonstances de l’accident, si ce n’est que le chien était attaché à une longe et qu’il n’appartenait pas aux occupants de la maison, mais à un neveu… Le chien avait la réputation d’être gentil. Le maire a pris en urgence un arrêté d’euthanasie. Un enfant en bas âge n’est pas forcément identifié par un animal comme n’étant pas un ennemi. Il peut être perçu comme un autre animal, au comportement étrange et peut-être hostile. Ses gestes, ses cris, ne sont pas forcément décryptables si le chien ne connaît Continue Reading →

Mort de l’animal, animaux morts : du droit à la justice

Sept universitaires en face d’un public constitué d’une cinquantaine de personnes, dans un amphi de l’Ecole de Droit, à Clermont-Ferrand… C’était pour un colloque sur La mort de l’animal à la lumière du droit, une manifestation accueillie avec  bienveillance par le Doyen de l’établissement, Christine Bertrand. L’une des deux organisatrices, Anne-Blandine Caire, le faisait remarquer : « Il y a des facultés qui auraient refusé ce colloque. Ici, au contraire, c’est le centre de recherches qui l’a entièrement financé ». Cinquante auditeurs, ce n’était pas le Zénith un soir de concert, ni même un match de foot de promotion d’honneur dans une sous-préfecture du Cantal, mais c’était déjà bien… Il était évident que seuls les concernés, les initiés, les convaincus, se rendraient au rendez-vous, pourtant d’accès libre et gratuit. Dommage pour les absents… Il y a deux ans, un colloque sur le droit animalier avait eu lieu au même endroit, organisé par le Barreau de Clermont-Ferrand et le Centre Michel-de-L’Hospital. On ne se réjouira jamais assez de ces initiatives récurrentes qui, on l’espère, vont « récurrer » encore longtemps, parce qu’il y a tellement de choses à dire,  et tellement de choses à faire, les premières étant souvent le moteur des secondes, à moins que ce ne soit le contraire !… Les six intervenants prévus disposaient chacun de vingt minutes pour développer le thème de leur choix. Evidemment, vingt minutes, c’était trop peu, aussi, presque avant d’avoir commencé, on accusait déjà un sacré retard. Par ailleurs la densité des propos tenus faisait un peu regretter cette course au temps… Peut-être à l’avenir, l’initiative, excellente par ailleurs, gagnerait-elle soit à limiter le nombre d’intervenants, soit à se déployer sur la journée entière, voire sur deux jours. Bien que chacun eut choisi un thème précis, les discours devaient de temps à autre se recouper, mais l’angle étant à chaque fois légèrement différent, on évitait la répétition. Xavier Perrot, maître de conférences en histoire du droit, venait de l’Université de Limoges. Il n’était pas le seul. Lucille Boisseau-Sowinski, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles, avait également fait le voyage depuis la capitale du Limousin où officie, il faut le rappeler, Jean-Pierre Marguénaud, en tant que professeur de droit privé dans cette même université. Jean-Pierre Marguénaud est le directeur de la Revue semestrielle de droit animalier. Les interventions Observation anthropologique du droit sur la mort animale par Xavier Perrot De la mort de l’animal au cours de l’histoire, qu’elle soit ritualisée ou anomique, qu’elle concerne les animaux domestiques ou les animaux sauvages, qu’a dit le droit au cours des siècles ? Xavier Perrot, dans son intervention intitulée Observation anthropologique du droit sur la mort animale, répondait à cette grave et vertigineuse question. Pour l’anecdote, il évoquait les procès d’animaux au Moyen-âge, lors desquels les accusés étaient de toute façon condamnés. Souvent il s’agissait de porcs ayant passé leur mauvais poil sur les enfants qui les gardaient. La mort des animaux, c’est aussi le chagrin de leurs détenteurs, et leur volonté de donner une sépulture à leurs compagnons. En ce domaine, rien n’est acquis. La religion est passée par là : les bêtes dépourvues d’âme, et les gens, créatures d’essence divine, ne se rejoindront pas davantage dans la mort qu’ils n’avaient les mêmes prérogatives dans la vie… Toutefois, rien n’est joué définitivement, et l’histoire du chien Félix montre que peut-être, il existe des brèches dans lesquelles pourraient se glisser l’ombre des animaux défunts pour partager la tombe de leur maître adoré. Xavier Perrot parlait aussi de l’animal dit « d’utilité », de l’animal de Continue Reading →

La Griffe peut avoir aussi de la gueule !

Lundi matin. J’ouvre ma messagerie. Une pétition. Encore une. Cette fois, c’est pour protester contre des amusements de gamins : un nouveau jeu, arroser des chats avec de l’acide. C’est bien trouvé. Ça fait des dégâts terribles, et en plus ça fait très mal. Faire souffrir les bêtes, c’est un drôle de jeu. Ça se passe à Bagnolet. Il y a même des photos, diffusées dans les médias. Tiens, d’habitude ça ne les affole pas trop, ce genre de trucs. Ça aurait même tendance à les laisser de marbre. Il y a d’autres priorités, et puis il faut bien que les jeunes trouvent à se distraire… Enfin, je dis les jeunes, mais ce sont peut-être des vieux, ou des plus très jeunes qui font le coup. Comme dit Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire… Dans la foulée je reçois des nouvelles du sinistre salopard qui, il y a quelques mois, avait mis le feu au chat de sa copine, à Nice. Pour fignoler le boulot, il l’avait jeté en flammes du septième étage. On imagine dans quel état était la pauvre bête en touchant le sol… Le salopard a écopé de deux ans d’emprisonnement, mais on peut supposer que ce n’est pas seulement pour cet acte de bravoure, et qu’il devait déjà avoir quelques antécédents. Quel est le juge qui aujourd’hui applique strictement la loi en matière d’actes de cruauté sur des animaux ? Deux ans ferme et 30.000 euros d’amende, juste pour avoir un peu chahuté un chat ?… Mais il y a autre chose : apparemment le chat, à moitié calciné, brisé, n’était pas mort. Il est resté un certain temps gisant sur le bitume (j’ai lu plus d’une heure, mais ça je ne peux pas le prouver), souffrant le martyre, avant que quelqu’un ne se décide à l’emmener chez un vétérinaire… Il fallait attendre l’avis d’autorités supérieures, sans doute… Parce que pas de Samu pour les minous. On ne sait pas ce qu’il fallait attendre, en tout cas les idiots qui se trouvaient là n’ont semble-t-il pas bougé un cil… De quoi, de qui avaient-ils peur, ces abrutis ? En de telles circonstances, ce genre d’attitude relève de la plus incompréhensible des lâchetés. Pourquoi n’existe-t-il pas un délit de non-assistance à animal en danger, demandait Myrtille, que l’anecdote avait rendu malade ? Avant-hier, dans le quotidien La Montagne, on avait consacré près d’une demi-page à un article sur une exploitation agricole. Depuis pas mal de temps, on avait repéré que les animaux qui s’y trouvaient n’étaient pas en très bon état. Déjà fin 2015, la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) avait découvert sur le site « des bêtes mortes de faim et de soif. Des moutons et des vaches d’une maigreur excessive et vivant dans des abris sales ». Et que fit-elle, la DDPP ? Elle a demandé benoîtement à l’éleveur de « nettoyer et de faire rapidement quelque chose pour ses bêtes ». On se doute que l’agriculteur s’est mis immédiatement au boulot ! Il s’y est tant et si bien mis que, il y a quelques jours, lorsque la même DDPP a ramené sa fraise accompagnée de l’OABA et de 30 Millions d’Amis, il n’y avait plus personne… Le nettoyage avait été fait au-delà des espérances. Même l’agriculteur avait disparu. A quel sombre maquignon aura-t-il revendu ses pauvres bêtes (au nombre de 350, tout de même) ? Pour l’instant nous n’en saurons pas plus. Avec la chance dont semble jouir les moutons et les bovins du bonhomme, il pourraient Continue Reading →

Alerte au Parlement : Laurence et Pamela contre le foie gras

La députée Laurence Abeille (EELV) porte bien son nom. Elle est aussi opiniâtre dans ses démarches qu’une petite butineuse et ne s’en laisse pas conter. Elle s’est mis à dos une grande partie de ses collègues député(e)s en invitant, mercredi, Pamela Anderson, la star américaine d’Alerte à Malibu, à venir faire une petite visite à l’Assemblée nationale. La belle Pamela, qui approche la cinquantaine, s’intéresse depuis belle lurette à la cause animale, en apportant son soutien notamment à l’association PETA. Profitant de son passage en France, Laurence Abeille a fait appel à elle pour soutenir sa proposition de loi d’interdiction du gavage des oies et des canards en vue de la production de foie gras. Coup médiatique ? Oui, et alors ? La députée du Val-de-Marne ne s’en défend pas, au contraire. Si cela est nécessaire pour attirer l’attention de ses collègues et du public sur son initiative, alors cette opération est largement justifiée. Du coup, Laurence Abeille a atteint son but. Les journalistes, tels des paparazzis de compétition, se sont rués au Parlement pour y rencontrer la « créature ». La presse était toute retournée ! Une sex symbol dans l’Hémicycle ? Du jamais vu ! Les journalistes ont eu du grain à moudre, car les commentaires ne se sont pas fait attendre. L’intrusion de Pamela aux côtés de Laurence a fait se craqueler le vernis de courtoisie de bien des élus. Pendant que d’aucuns brocardaient cette « apparition hollywoodienne », la trouvant « surréaliste », d’autres, ou peut-être les mêmes, se posaient en avocats de l’humanité souffrante et faisaient remarquer que la démarche était « en décalage avec les problèmes que le monde connaît aujourd’hui ». Mouais… Refrain connu. Dès qu’il s’agit de cause animale, on est toujours « en décalage », sachant qu’il y a « d’autres priorités », que l’on ferait mieux de s’intéresser « aux gosses qui meurent de faim », etc. Mais enfin, il y avait pire encore : « degré zéro de la politique », « comble de la médiocrité », événement qui « déshonore le Parlement » (rien que cela !)… Il y a eu aussi l’attendu « elle ferait mieux de s’occuper de la façon dont on traite les animaux dans son pays »… Mais elle le fait, cher Monsieur, elle le fait… Il y a même eu un petit farceur qui a fait remarquer qu’il n’y avait « pas de silicone dans le foie gras », osant ainsi une allusion aux mensurations de l’actrice. On peut difficilement se montrer plus machiste, plus goujat… Quant aux responsables de la filière gavante, ils ont vu dans la présence de Pamela Anderson une « provocation », rien de moins. N’empêche, elle est venue. Pas vraiment à l’aise (dans un tel climat d’hostilité, comment pourrait-on être serein ?), elle a délivré son message, évoquant « une industrie aussi cruelle que le massacre des bébés phoques », et appelant les Français à ne plus consommer ce produit issu d’un « foie malade »… Cependant, il avait été sans doute, en d’autres temps, plus facile à une autre sex symbol, Brigitte Bardot, d’émouvoir la banquise qu’à la belle Pamela de convaincre des élus franchouillards issus de secteurs ruraux pour la plupart, accrochés aux traditions plébéiennes comme des moules à leur rocher… Les mêmes qui défendent la chasse, la corrida, les tueurs de loups… Les députés n’ont pas eu l’air d’apprécier qu’on leur ôte leur tartine de foie gras de la bouche, d’ailleurs ils ont signé d’une seule main, si l’on peut dire, un texte pour s’élever contre la proposition de loi de Laurence Abeille et réaffirmer, s’il était besoin, leur soutien inconditionnel aux gaveurs qui, accablés par les récentes Continue Reading →

Ne serait-il pas temps de quitter l’ère des maquignons ?

Le pays est sens dessus dessous parce que les agriculteurs sont en colère. Les agriculteurs ? Il conviendrait plutôt de dire « les éleveurs ». Parce que, on l’a tous compris, c’est surtout d’eux qu’il s’agit… Même si les maraîchers, les arboriculteurs, et tous ceux qui font pousser de beaux fruits et de savoureux légumes ne sont pas vraiment à la fête en ce moment. C’est étrange, ce glissement sémantique. C’est comme si TOUS les agriculteurs étaient forcément des éleveurs. On s’en rend compte lors du Salon de l’agriculture. De qui parle-t-on ? Des éleveurs, bien sûr… Agriculture, étymologiquement parlant, cela signifie « culture du sol ». C’est vrai dans le cas des céréaliers, qui font d’ailleurs souvent cause commune avec les éleveurs. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gros éleveurs sont aussi céréaliers et vice versa et aussi parce que les céréales, ça sert à… nourrir les animaux des éleveurs, pardi ! A part cela, dans le cas de l’élevage, devrait-on encore employer le mot agriculture ? On lui préfèrera la locution « productions animales » qui nous semble plus pertinente. Passons. De nombreux « agriculteurs », ou de nombreux éleveurs, sont dans une situation économique épouvantable. Nous ne nous réjouissons pas, loin s’en faut, de la détresse d’autrui, autrui fût-il exploiteur de vies… Mais nous devons relever une évidence : la crise de l’élevage est récurrente, répétitive, redondante. Impossible, si l’on veut sacrifier aux lois du toujours plus, toujours plus loin, en gros du productivisme forcené, de s’en tenir à l’élevage pépère, trois moutons, deux vaches, et ça roule ma poule… C’est fini, ça. Pour nourrir les dix milliards de pécores qui vont se disputer bientôt le bout de gras, il y faudrait un truc du genre la multiplication des pains (pour les béotiens qui n’en auraient jamais entendu causer, cliquer ici), ou mieux encore, des poissons (cliquer ici) ou des lardons (ne cliquez pas). Les Mille vaches, les Mille veaux, les Mille petits cochons, c’est ça l’avenir de la gastronomie. Pas la peine de se la jouer. Carnivores chéris, bientôt vous allez, que vous le vouliez ou non, bouffer votre caca ! A coup de sélections génétiques, d’insémination artificielle forcenée (ça s’appelle le viol in vitro), d’oubli du vivant, de chimiothérapie, la viande, c’est sûr, sera plus morte que jamais. Mais a-t-on jamais vu de la viande vivante ? Les éleveurs sont violents. On dit que c’est parce qu’ils sont désespérés. Ils jettent du fumier sous le nez des préfets, ils saccagent, ils salissent… On ne leur en veut pas, parce qu’ils sont désespérés. On met un petit coup de semonce, mais on ne les verra pas au tribunal pour ça. Au contraire, on va leur concéder quelques centaines de millions d’euros (excusez, j’ai pas la mémoire des chiffres). Et les petits cochons, les chevrettes et autres emblématiques « productions animales » qu’ils auront lâchées dans l’espace public, histoire de faire le buzz, de courir, terrorisés, en appelant leur mère qui est déjà partie pour l’abattoir. S’ils ont de la chance, ils tomberont sur un(e) bénévole de la FBB, de l’OABA, ou autres saintes Rita (1) qui leur trouvera un petit refuge où ils pourront couler des jours peinards, loin des méchants. Les éleveurs sont aidés depuis de très nombreuses années par les subventions publiques. Le pognon leur arrive de partout. Normal, à force de vouloir jouer les gros bras, ils se sont mis dans des situations impossibles. Pourquoi ne leur a-t-on jamais expliqué que l’élevage, ce n’était plus un boulot d’avenir ? Pour gagner de l’argent il faut produire, toujours plus, toujours plus vite. Cela implique Continue Reading →