La cause animale face à la loi des plus forts

De côté

La cause animale face à la loi des plus forts

Des porcelets dans un élevage du Finistère, en 2019 (Photo L214 Ethique & Animaux)

Par Josée Barnérias

Autour de la cause des animaux et de ceux qui la défendent, l’étau se resserre. Cela touche à trop de « traditions », d’idées reçues, de pratiques douteuses qui au fond ne gênent pas grand monde et sont garantes d’une très relative paix sociale. Et surtout cela menace trop d’intérêts… L’arsenal répressif se met en marche. Jusqu’où ?

Une déesse chez les gendarmes

Les raisons que l’on a de la colère, du moins en ce qui concerne le traitement réservé aux animaux, sont innombrables, mais il y en a une sur laquelle il est urgent de s’exprimer. C’est la tentative, par le pouvoir, de réduire au silence ceux qui dénoncent, images à l’appui (voir par exemple l’abattoir du Vigan, dans le Gard, filmé en 2016 par L214), les crimes commis au sein des élevages et de sanctionner fortement, afin de les décourager à tout jamais, ceux qui sont à l’origine de ces dénonciations : les lanceurs d’alerte.

Le 13 décembre, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, présentait devant un cercle d’agriculteurs réunis à Saint-Pabu, dans le Finistère, son nouveau jouet, la cellule Demeter, créée au sein de la gendarmerie nationale. Son but avéré : lutter contre l’intrusion dans les exploitations agricoles d’individus mal intentionnés qui repartent avec, sous le bras, des vidéos pleines d’horreurs et de violence qu’ils s’empressent de livrer aux médias pour que ces images d’un monde désespérant et sordide s’invitent dans les foyers français. Regardez ce que vous mangez : de la souffrance brute, mais cela, on ne vous le dira pas. Elle se cache derrière les vaches qui rigolent, les cochons joufflus qui dansent la capucine, les poules qui se racontent leur vie dans des prés trop verts. Georges Franju avait déjà montré cela dans un court film documentaire « Le Sang des bêtes », la mort dans les abattoirs de Paris à la fin des années quarante. Le « plus jamais ça ! » ne s’adressait pas alors aux animaux. Et le sang n’était pas rouge. Mais rouge ou pas, les images déjà en étaient insoutenables. Franju ne voulait pas vraiment dénoncer, juste montrer.

Castaner en chevalier blanc ?

Les Jeunes agriculteurs et la FNSEA ne tiennent pas à ce que des intrus viennent mettre le nez dans leurs affaires. Ils leur accordent le droit de penser ce qu’ils veulent, à condition de le garder pour eux et surtout à condition de ne rien montrer de ce qui provoque leur ire. Qu’on se taise, et les vaches seront bien gardées. Depuis une dizaine d’années que l’association L214 diffuse en boucle les preuves des terribles conditions réservées aux animaux dans la plupart des élevages (car il ne s’agit pas, comme on voudrait nous le faire croire, d’exceptions, mais bel et bien d’une règle) ou des abattoirs, le monde de l’agro-alimentaire trépigne. Avec Castaner, il a trouvé son chevalier blanc. La cellule Demeter arrive à point nommé pour empêcher les empêcheurs et faire en sorte que tout tourne rond. Ce qu’il ne faut surtout pas, c’est que le consommateur se mette à culpabiliser à la vue d’une entrecôte au fond de son assiette et commence à se poser trop de questions.

Les ministres de l’Agriculture qui se sont succédé, depuis le début des hostilités avec les associations animalistes, ont fait en sorte de ne rien voir, de ne rien entendre. Vous dites « souffrance animale », oh mais non, pas du tout, il doit y avoir erreur. Nos éleveurs sont soucieux du bien-être de leurs animaux. « Bien-être animal », encore une belle arnaque… Mais bon. On a voulu ignorer ce qu’il se passait, on a voulu faire prendre les animalistes pour des hystériques, de la graine de terroriste. Pour des tricheurs, des menteurs. Mais les images sont là. Point de trucage ni d’effets spéciaux. Brut de décoffrage. Les cadavres, les cris, les animaux battus, insultés, maltraités de toutes les façons, voire martyrisés… A l’heure du JT, devant ton escalope de veau, tu te sens tout chose.

L’agroalimentaire n’aime pas ça du tout.

 Pas de « lois bâillon » ici

C’est pour cela qu’un ministre de l’Intérieur, premier flic de France, est pressenti pour faire cesser le désordre. Les lobbies ne tolèrent plus les intrusions dans les élevages et autres abattoirs. Ne tolèrent plus que des images y soient volées. Il faut agir.

Aux Etats Unis, au début des années 90, certains Etats essentiellement tournés vers l’élevage ont voté ce que l’on a appelé les lois Ag gag (Ag gag laws) que l’on peut traduire par « lois bâillon » afin de mettre un terme à l’activisme de certaines puissantes ONG comme PETA qui faisaient alors ce que L214 fait aujourd’hui en France. Mais, le 9 janvier 2019, la cour fédérale de l’Iowa a reconnu que ces lois étaient inconstitutionnelles. C’est une victoire immense pour les animalistes. On peut gager que d’autres Etats ne tarderont pas à suivre la brèche désormais ouverte. Les lois Ag gag sont en quelque sorte des lois scélérates qui s’opposent à la liberté d’expression et surtout au droit du consommateur de savoir ce qu’il consomme. C’est pourquoi en France, même si certains en rêvent, on a fort peu de risques de voir émerger leurs petites sœurs. La cellule Demeter est une façon de contourner le problème. Le ministre l’annonce sans ambages : la cellule existe afin « que l’antispécisme soit un des axes prioritaires du renseignement ». On ne peut être plus clair.

Quelques voix s’élèvent

Récemment, quelques personnalités se sont émues de ces mesures pour le moins coercitives. L’astrophysicien Aurélien Barrau, la philosophe Florence Burgat et l’écrivain Jean-Baptiste Del Amo ont signé dans Le Monde du 19 janvier une tribune dans laquelle ils déclarent ceci : « La menace de sanctions pénales lourdes (peines d’emprisonnement) n’a pas d’autre objectif que de museler les lanceurs d’alerte et de faire taire durablement le débat sur la question du droit des animaux qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans notre société et remet profondément en question les modes d’élevage et de production. »

Il y a menace sur la liberté d’expression, menace sur le combat mené par les animalistes de toute sorte. On avait déjà noté l’attitude complaisante du gouvernement Macron envers les chasseurs. On a retenu la création lors du premier trimestre 2019 d’un délit d’entrave à la chasse. Les tribunaux reçoivent de plus en plus fréquemment des militants pour des infractions mineures qui sont lourdement sanctionnées. Jusqu’où cette hostilité déclarée ira-t-elle ? Insidieusement, on tente d’infléchir l’opinion afin de noircir l’image des militants de la cause animale. Les lobbies ont la mainmise sur les politiques. Cela devient à maints égards une évidence.

On hésite entre la colère et le découragement. On pourrait croire que l’heure est venue de la prise de conscience, de la responsabilité, de l’âge adulte…  A défaut de bienveillance. C’est tout le contraire. N’évoquons même pas les abus, les errements, les folies diverses qui entraînent tout et tout le monde dans leur sillage. Mais seulement ce que, dans ce maelström, devient la cause des animaux.

Pourquoi eux ? Parce qu’ils sont universellement attaqués, exploités, terrorisés, réduits en esclavage et massacrés. Et parce qu’ils sont innocents. Il n’y a là-dessus pas l’ombre d’un doute. Et de surcroît sans la moindre défense devant les attaques des hommes (si ce ne sont quelques dérisoires coups de griffe, de sabot ou de dent). Mais de quels animaux parle-t-on au juste ? Tous. Certains plus que d’autres. Et vice versa.

Si l’on accepte des cellules Demeter, il est fort probable que d’autres suivront, du même acabit. Ne pourrait-on pas imaginer une cellule Artémis, pendant que nous y sommes, qui traquerait les anti-chasse jusque dans leurs terriers ? En appeler à la mythologie grecque, de surcroît, c’est joli, c’est poétique, cela donne une caution culturelle à ce qui n’est au fond qu’un vulgaire abus de pouvoir… Il est vrai que Demeter rime avec Castaner. Et avec… sans commentaires.

 

 

 

Celui qui croyait au Père Noël…

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Celui qui croyait au Père Noël…

L’avenir est incertain…
Démographie galopante, dérèglement climatique… De grandes voix s’élèvent : « Sauvons la planète ! »
Mais entend-t-on une seule de ces voix crier « Pitié pour les animaux ! » ?
Puisque les personnages de chair et d’os se taisent, nous en appelons à un personnage fictif.
Voici la Lettre de La Griffe au Père Noël : vous pourrez la télécharger, l’imprimer, la transmettre, l’afficher…
Parce que nos amis les animaux ne savent pas écrire…

 

Télécharger la lettre.

Élections municipales 2020

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Élections municipales 2020

Les élections municipales se dérouleront les 15 et 22 mars 2020.

Dans chaque commune, des candidats se proposeront à vos suffrages. Les maires disposent de pouvoirs importants, notamment au niveau de la gestion des populations animales.

La Griffe vous propose de contacter les candidats (têtes de liste) de votre commune afin de connaître leurs éventuelles propositions concernant, localement, l’amélioration de la condition animale.

Vous trouverez, ci-dessous, deux liens pour télécharger d’une part un questionnaire, d’autre part une lettre d’accompagnement. Vous pourrez ensuite transmettre ces deux documents aux candidats de votre commune. Vous devrez cependant nous informer de votre démarche en nous adressant un courriel à : municipales2020@lagriffe-asso.fr

Merci d’avance.
La Griffe

Lettre d’accompagnement (cliquer pour télécharger)

Questionnaire (cliquer pour télécharger)

 

La Griffe établit le bilan de l’année 2018

L’année 2018 a été marquée par une chute du nombre des nouvelles adhésions (19 contre 41 en 2017 et une soixantaine par an les années précédentes). Par bonheur, cette année, nous avons évité le déficit. Il n’y a que peu de différences entre le poste dépenses et le poste recettes, contrairement à 2017. Le budget se joue entre les dépenses de nourriture et de soins vétérinaires, avec un poste fonctionnement pour ainsi dire dérisoire. C’est que nous n’avons dépensé que l’argent strictement nécessaire. Cette année, il va nous falloir renouveler notre matériel : tracts, affiches, banderoles… On note en 2018 une augmentation sensible des dons, ce qui nous encourage en un temps où les raisons de s’inquiéter sont multiples. Manque de visibilité ? La conjoncture, en effet, n’est guère favorable (hausse des prix, prélèvement à la source, etc.), morosité due aux problèmes sociaux, environnementaux et climatiques. Quant à la baisse des adhésions, peut-être a-t-elle des causes liées à l’association elle-même, je pense par exemple au manque de visibilité. Pendant deux ans, le site n’a pas été remis à jour. Il va l’être bientôt grâce à Arnold, qui a proposé fort gentiment de nous aider. Pendant plusieurs mois, pas de lettre numérique non plus, parce que personne ne maîtrisait le sujet. Pour ma part, je n’ai même plus le temps de rédiger, mettre en page, envoyer à l’impression et poster les Griffonnages, les petits bulletins papier que nous envoyions aux adhérents n’étant pas connectés à Internet, les autres recevant la version numérique. Ne disposant plus d’infographiste (ou du moins de quelqu’un ayant des notions d’infographie), nous ne préparons plus de documents tels que les tracts, les affiches, les banderoles, etc. De toute façon, pour ce qui est des tracts, nous n’avons personne pour les distribuer. Nous avons raréfié nos apparitions publiques, toujours par manque de bénévoles. Un manque qui se fait cruellement sentir dans toutes les actions que nous menons. Autant dire que nous sommes une poignée pour intervenir, or le nombre de nos interventions, elles, sont inversement proportionnelles aux moyens dont nous disposons pour les mener. Interventions auprès des animaux Nous continuons, à nos risques et périls, à faire ce que nous avons toujours fait : essayer de sauver autant d’animaux que nous le pouvons. Mais nous arrivons au point où nous ne pouvons guère en accueillir davantage. Nous ne disposons pas de refuge, ni d’un local qui pourrait éventuellement en faire office, même avec un nombre de places limité. Nos animaux se trouvent chez des accueillants qui, pour certains du moins, en accueillent beaucoup. Nous sommes proches de l’asphyxie et désormais nous allons devoir réfléchir à la forme que prendront nos futures actions. Il est en effet difficile, pour ne pas dire impossible pour nous de laisser un animal livré à lui-même et en souffrance. Faut-il fermer les yeux, se boucher les oreilles ? Ne pas voir, ne pas entendre ? Tous les jours ou presque nous recevons des appels pour un chat, pour un chien ou autre, malade, perdu, battu, abandonné, etc. Chaque fois que nous pouvons intervenir, nous le faisons, et nous réfléchissons après… Ce qui signifie que nous improvisons. Nous arrivons à nos limites. Pour l’instant, s’il existe des solutions, nous ne les connaissons pas. Cette situation nous inquiète et nous chagrine, d’autant que sur un plan plus général, rien n’avance. La cause animale est la grande oubliée des gouvernements qui se succèdent, l’actuel n’est pas en reste. Une situation ubuesque Je tiens à dire un mot sur la situation ubuesque dans laquelle nous Continue Reading →

Goliath, ou une trop brève rencontre

Goliath est mort. La maladie a gagné. On aurait bien voulu qu’il vive plus longtemps, ce grand chien tendre et rigolo. On aura essayé. Nous l’avions pris en charge début mars. Son « maître » était un jeune homme en errance, ou plutôt en erreur. Ni révolté ni asocial, il cherchait plutôt à faire son trou dans la société, mais sans savoir trop où il allait, ni ce qu’il voulait, et en présumant de ses capacités. C’est de cette façon qu’il s’est retrouvé à la rue. Il a emmené Goliath. Il disait qu’il avait eu ce chien lorsqu’il était adolescent. D’après lui Goliath avait neuf ou dix ans, il ne se souvenait plus vraiment de l’année de sa naissance. Il le traînait avec lui de centre d’accueil en squat, mais un jour Goliath s’est montré fatigué, lui qui était toujours plein de vie. Et puis il lui est venu d’inquiétantes grosseurs dans le cou… Quelqu’un a appelé La Griffe. C’était une éducatrice du Collectif Pauvreté Précarité de Clermont-Ferrand. Elle nous a signalé le drôle de tandem que formaient le jeune homme et son chien. Nous a demandé notre aide : il fallait conduire l’animal chez un vétérinaire, mais son maître n’avait pas un sou… Et c’est ainsi que Goliath est entré dans ma vie… L’histoire de Goliath et de La Griffe a été brève. Commencée le 7 mars 2018, elle a pris concrètement fin le 22 juin de la même année, avec la mort du chien. Mais comment peut-on dire qu’une histoire est terminée ? Rien de ce qui a été ne meurt tout à fait. Le 7 mars, donc, nous avons répondu à l’appel évoqué plus haut. Le lendemain, nous avions un rendez-vous chez un vétérinaire. Entre le moment où j’étais allée chercher le jeune homme et le chien et celui du rendez-vous, il devait s’écouler deux heures. Que l’on a passées dans mon jardin, ce qui m’a permis de constater que Goliath ne développait aucune agressivité ni envers mes chats ni envers les autres chiens, plutôt de l’indifférence. En revanche, il était très intéressé par les quelques jouets, surtout des balles, que je lui avais mis sous le nez. Le diagnostic du praticien a été rapide et sans appel : un lymphome, autrement dit un cancer du système lymphatique assez sévère qui devait entraîner inexorablement la mort du chien dans les semaines, au mieux dans les mois à venir si rien n’était tenté… La Griffe n’a pas beaucoup d’adhérents (nous plafonnons en ce moment à 170/180) mais ils sont extraordinaires. Après cette nouvelle, il nous fallait prendre une décision rapide : traitement palliatif jusqu’au décès du chien, qui n’aurait pas tardé, ou alors tentative de juguler la maladie avec une chimiothérapie. Nous avons opté pour la seconde solution, tout en sachant que celle-ci n’était nullement garante de la guérison. De plus, on ne nous a pas caché que le traitement serait très coûteux. Nous avons lancé une collecte. Une trentaine d’adhérents y ont répondu. Nous avions de quoi traiter Goliath pendant plusieurs mois. Ensuite, on verrait… La chimiothérapie devait commencer le plus rapidement possible, sinon le lymphome s’aggraverait dangereusement. Devant la grosse bouille confiante de ce géant sombre et l’inquiétude non feinte du garçon, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai pris seule la décision de lui venir en aide, je n’avais pas la possibilité de joindre mes collègues. Je savais qu’elles approuveraient ce choix. Dès le lendemain Goliath est venu vivre chez moi. C’était plus confortable pour lui, plus pratique pour moi et plus facile pour son Continue Reading →

Deux conférences pour mieux comprendre le chien et le chat

La Griffe a eu la chance de recevoir la vétérinaire comportementaliste Nathalie Simon, accompagnée d’une représentante de One Voice  , pour deux conférences qui se sont déroulées salle Georges-Conchon, à Clermont-Ferrand. Soixante-dix personnes environ étaient présentes à chaque fois. Ci-dessous, vous trouverez la transcription des deux conférences, réalisées à partir des notes prises durant les interventions de Nathalie Simon. On peut également consulter le site de One Voice, pour Au cœur du chien et Les trésors secrets du chat. Nathalie Simon est docteur vétérinaire spécialisée dans les petits animaux. Elle s’est rapprochée très tôt de la protection animale afin d’aider les gens à bien s’occuper de leurs compagnons. Le bien-être animal, pour elle, « ce n’est pas du marketing ». Elle a acquis une spécialisation de comportementaliste. Elle a préparé un doctorat au Québec. Son « dada », c’est la relation homme-animal. Elle travaille en collaboration avec l’association One Voice. Elle enseigne sa « méthode écologique » aux vétérinaires qui décident de se spécialiser et aux professionnels de l’éducation canine. Au centre de son enseignement, on trouvera la connaissance des animaux, qui précède à toute approche comportementaliste, et surtout la bienveillance. Pour Nathalie Simon, en effet, une éducation efficace ne s’effectue pas dans la domination mais bien au contraire dans la compréhension et la coopération.  Les trésors secrets du chat Les chats, pour les rendre heureux et être heureux avec eux, il faut les connaître, les comprendre, les respecter, savoir s’en occuper et les soigner. Il faut aussi savoir ce qui est important pour eux. Tout dépend de l’étape de leur développement et de leur mode de vie. Par exemple, il sera difficile de mettre en intérieur ceux qui ont connu l’extérieur, sauf ceux qui ont galéré. Important : en intérieur ou à l’extérieur, ils doivent pouvoir grimper (certains ne savent pas), se cacher, se reposer sans être dérangés (cela est à apprendre aux enfants), chasser (inévitable), manger plusieurs fois par jour. Les chats sont des animaux semi-nocturnes, cela fait partie des choses que les humains souvent refusent, ce qui entraîne une cohabitation difficile. Le chat devient alors un élément perturbateur. Quant aux chats abandonnés ou qui vivent en extérieur, ils vont être en recherche d’un environnement abrité. C’est une situation que l’on rencontre de plus en plus souvent. Le chat concevra la présence des humains comme favorable ou au contraire défavorable s’il lui est arrivé d’avoir été maltraité ou menacé. Il est essentiel de savoir observer le chat et de partir de ces observations pour bien se comporter avec lui. C’est quelque chose de fabuleux, à condition de ne pas s’encombrer de préjugés. Les chats sont prêts à se reproduire à l’âge de six mois. Ils sont sportifs, faits pour l’action pendant une longue période de leur vie. Leur santé peut se dégrader à partir de l’âge de six ou sept ans. Il faut pouvoir imaginer et anticiper ce qu’il se passera (problèmes de mobilité par ex.). Un chat qui a manqué de nourriture aura peur de manquer de nouveau. Il peut devenir « un chat qui vole ». La solution, c’est de mettre la nourriture en libre service. Il ne faut surtout pas envahir le chat. Pas mal d’enfants le font. Il est nécessaire de leur apprendre à « mériter » le chat. A caresser les zones du corps que l’animal accepte que l’on touche. Surtout à ne pas lui faire mal. Il ne faut pas trahir un chat, en proférant des menaces à son endroit, ou en lui imposant des jeux idiots qu’il ne comprend pas. Il vous rendra votre sollicitude si vous vous Continue Reading →

Canaille ou la chronique d’une mise à mort annoncée

C’est une histoire où la froideur administrative le dispute à la lâcheté et au renoncement. Un petit chien, Canaille, est mort dans des conditions d’autant plus sordides qu’il se trouvait dans un refuge animalier où non seulement rien n’a été tenté pour le sauver, mais encore où une fin inéluctable était programmée d’avance. Le 26 octobre 2016, un homme était retrouvé mort dans son véhicule, sur un parking de la ville d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme. A côté de lui, un chien. D’après les premières constatations, et aussi grâce au témoignage de la personne qui avait donné l’alerte, on était en mesure de penser que le décès était survenu au moins quinze jours plus tôt. Depuis environ deux semaines, en effet, on entendait dans le quartier des aboiements en continu dont on ne savait d’où ils provenaient… En eût-on cherché l’origine, il est probable qu’on l’eût trouvée… Il semble alors que le fait qu’il ait « mangé de la chair humaine » faisait de lui un monstre… On ignore tout des circonstances du décès de cet homme, on ne connaît ni son nom ni son âge. Et ce n’est pas ici le propos. En revanche, un court article sur le journal local faisait état de la présence d’un « chien de petite taille », qui avait « en partie dévoré » l’homme qui, selon toute vraisemblance, était son maître. Il était ajouté que le chien « devrait être accueilli dans un refuge avant d’être euthanasié ». Notre attention a été attirée par la formulation de l’article. En effet, il est logique dans pareil cas que le chien soit transféré dans une fourrière (en l’occurrence, c’est un refuge animalier du secteur, SOS Animaux, qui sous-traite le service fourrière de la Ville d’Issoire). Mais pourquoi, sans qu’il soit fait état d’une réquisition officielle, que ce soit de la part du maire ou du procureur de la République, présumer que cet animal sera de toute façon condamné à mort ? Nous avons trouvé cela pour le moins surprenant. Et que lui reprochait-on ? Il fallait que nous en sachions davantage sur les circonstances de cet événement. Pour nous, à La Griffe, il était en effet hors de question de laisser mettre à mort un chien sans que l’on en connût les raisons. L’article du journal était paru le 27 octobre, mais nous n’en avons pris connaissance que le lendemain. Nous avons donc, le vendredi 28, appelé le refuge SOS Animaux pour avoir quelques informations. Nous avons appris qu’il s’agissait d’un pinscher nain * (tel que celui qui apparaît sur la photo à gauche), et que, « de toute façon, il serait euthanasié ». Impossible de savoir exactement pourquoi. Il semble alors que le fait qu’il ait « mangé de la chair humaine » faisait de lui un monstre… Car, pour survivre, le chien avait dû se mettre sous la dent ce qu’il y avait à sa portée… Depuis quand le fait de consommer de la chair morte, fût-elle d’origine humaine, est-il passible de la peine de mort ? La plupart des gens mangent tous les jours des animaux morts, et l’on n’en fait pas tout un plat. Dans l’autre sens, il semble que la chose ne soit pas admise. Le plus étonnant, c’est qu’une association de protection des animaux pût prêter foi à des idées reçues d’une telle grossièreté. Qu’importait. Nous avons dû nous contenter des quelques mots que l’on avait bien voulu nous lâcher, le refuge, apparemment, n’étant pas disposé à communiquer sur cette histoire. Nous rappelions tout de même le lendemain, le samedi, avant le long week-end Continue Reading →

Gérard Charollois, un « homme de mieux » invité par La Griffe

(Ré)écouter la conférence (en deux parties) :    *** Gérard Charollois est bien un « homme de mieux », pour reprendre une expression qu’il emploie souvent. Le président et fondateur de la Convention Vie et Nature (pour une écologie radicale) était, le samedi 12 novembre 2016, l’invité de La Griffe. « Autant l’avenir est incertain, autant l’avenir immédiat est inquiétant » Il a animé, devant près d’une centaine de personnes, une conférence-débat intitulée L’arbre, l’animal et l’homme : la grande querelle du biocentrisme. Cela se passait dans la salle Georges-Conchon, confortable et accueillante, que la Ville de Clermont-Ferrand avait gracieusement mise à la disposition de l’association. Ces quelques heures passées en compagnie de Gérard Charollois ont été, pour certains, la découverte d’idées neuves poussées sur le terreau de la connaissance et de la bienveillance, une sorte de révélation, et pour d’autres la confirmation de ce qu’ils savaient déjà : les convictions véhiculées par cet homme de grande sagesse et de grande culture nous aideront à trouver la voie vers une société meilleure, plus juste, où les références ne seront plus de l’ordre de l’exploitation, du profit, de la croissance effrénée et des mensonges, mais de l’éducation, de la bienveillance, du progrès véritable, celui qui consiste à abolir la souffrance et la violence qui actuellement président trop souvent aux entreprises humaines… Une utopie ? Peut-être, mais comme dit le philosophe, une utopie, c’est quelque chose qui ne s’est pas encore réalisé. Cela dit, Gérard Charollois ne manifeste pas un optimisme béat. Son discours est loin d’être irréaliste : « Autant l’avenir lointain est incertain, autant l’avenir immédiat est inquiétant », a-t-il annoncé. Et encore : « Même si l’on est sur le Titanic et que tout cela doit mal finir, il ne faut pas que cela vienne de nous. Nous devons agir dans le respect des êtres. » Gérard Charollois, magistrat de profession, est un être respectueux. La justice, chez lui, est plus qu’un métier, c’est comme une seconde nature. Il rend à César… En l’occurrence, puisque c’est une association animaliste qui l’avait invité, il a eu l’extrême courtoisie de commencer son propos en parlant de la condition animale, en citant d’abord Jeremy Bentham (« La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ? ». Les animaux, en tant qu’êtres vivants, n’ont aucune raison d’être soumis à la souffrance. Pour Gérard Charollois, c’est là le degré zéro de l’éthique, une chose que tout le monde peut comprendre. « Mais le chasseur, le tauromaniaque, ne le savent pas ». La chasse et la corrida sont les ennemies majeures de ce militant infatigable de ce que l’on appelle l’écologie radicale. Celle-ci ne se borne pas à donner des recettes de bonne conduite environnementale, mais invite à une réflexion sur notre façon de traiter le vivant. Il balaie l’argument qui consiste à dire que l’homme va déjà si mal qu’il serait bien superflu de s’intéresser aux bêtes, arguant du fait que la souffrance des uns n’a jamais atténué en rien celle des autres. La loi désormais donne à l’animal le statut d’être sensible. « C’est une évidence, mais on n’en pas encore tiré les conclusions qui s’imposaient. » « Ce n’est pas la performance qui doit fonder la dignité des êtres » Les idées que véhicule le discours de Gérard Charollois sont, elles aussi, de l’ordre de l’évidence. Mais comment se fait-il qu’on ne soit pas plus nombreux à y adhérer ? La notion de progrès passe par les connaissances que l’être humain a accumulées depuis des millénaires. Depuis un siècle, ces connaissances « sont complètement bouleversées ». « La génétique nous appris que Continue Reading →

Rien n’est simple : la cause animale n’échappe pas aux dilemmes

J’ai assisté à une conversation entre militants animalistes qui soulevaient un dilemme fréquemment rencontré et qui est beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît. Les uns évoquaient la possibilité d’acheter à un éleveur plusieurs agneaux pour leur éviter le sacrifice de l’Aïd (celui-ci a eu lieu les 11 et 12 septembre). Les autres faisaient remarquer aux premiers que l’intention était noble, mais qu’elle ne réglait en rien ni le problème de l’élevage ni celui de l’abattage, car les agneaux seraient remplacés par d’autres et l’éleveur, lui, n’y serait pas perdant… Au fond, personne ne savait trop ce qu’il était juste de faire en pareil cas, les premiers connaissant parfaitement, et les approuvant dans une certaine mesure, les arguments des seconds, les seconds ne pouvant balayer d’un revers de main les arguments des premiers à savoir que quelques vies de sauvées, c’était déjà ça. En réalité, deux attitudes s’affrontaient sans vraiment l’exprimer : celle qui consiste à tenir compte, lors de toute action, du facteur émotionnel, ou compassionnel, et celle qui met en avant la seule raison au service d’une plus grande efficacité. Il est évident que ni l’une ni l’autre de ces attitudes n’est complètement satisfaisante, parce que dans un cas, elle fait en quelque sorte le jeu de ce contre quoi elle est censée lutter, dans le second cas, elle fait fi de ce qui est l’origine même du combat pour la justice, à savoir l’empathie, l’altruisme, sans lesquels aucune avancée, ni humanitaire, ni animalitaire, n’aurait jamais vu le jour. On a connu au cours de l’histoire de ces personnalités monolithiques pour lesquelles la moindre des concessions à ce qui pouvait passer pour un manquement aux yeux de l’objectif à atteindre était inacceptable. De tels personnages ne connaissent pas la nuance et ne désirent pas la connaître. Ils puisent dans des certitudes quasi minérales la matière de leur inflexibilité. Il n’est pas question pour eux de dévier de la ligne préalablement tracée, sous peine de se voir coupable de trahison. Quel que soit le nom qu’ils portent et la cause qu’ils défendent, ils font preuve d’une rigueur  inhumaine, car la vie, les mouvements auxquels elle contraint bêtes et gens, tout cela n’est pas d’un seul bloc. Les choix ne sont jamais faciles. Qu’il s’agisse de ressentir de la pitié pour un ennemi, au point de l’épargner, alors que d’autres l’ont condamné, qu’il s’agisse de ressentir de la compassion pour quelques agneaux au point de leur éviter le couteau, tout en sachant que cela n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de souffrance, le problème se pose : est-on en train de faillir à la mission que l’on s’est préalablement assignée ? Cette dualité a fait maintes fois l’objet de développements de toutes sortes : légendes, mythes, romans, films, ont abondamment emprunté leur substance au problème du choix cornélien, là où, quelle que soit la voie empruntée, ce ne sera jamais vraiment la bonne. En matière de militantisme animaliste, ce n’est pas différent. Lorsque nous appelons à ne pas acheter d’animaux de compagnie issus d’élevages, mais à les adopter dans les refuges, nous sommes dans la même situation que celui qui désapprouve d’acheter des animaux de boucherie pour leur éviter la mort, parce qu’il est évident qu’en faisant cela, en achetant animaux de compagnie ou de boucherie, nous participons à cette odieuse marchandisation des animaux, que nous dénonçons à cor et à cri. Et jamais nous ne pourrons acheter TOUS les animaux pour les sauver, et quand bien même, les producteurs auraient vite fait Continue Reading →

Quels droits pour les animaux ? Sur le terrain, une justice absente

Dans un certain nombre de pays du monde, essentiellement en Europe et sur le continent américain, les animaux bénéficient de quelques lois, dont la teneur et l’importance sont variables selon les Etats, censées les protéger dans leur relation avec les hommes. Mais comment pourraient-ils, à l’instar des petits enfants ou des personnes déficientes mentales, faire valoir leurs droits devant la société ? Ils ne possèdent pas de langage articulé, pas d’écriture, n’ont par conséquent aucun accès à ce qui est formulé en langage humain. Pour faire valoir ces droits, il leur faut des ambassadeurs, des porteurs de parole… C’est le rôle des associations de défense que de se battre pour que les droits des animaux soient respectés et aussi pour que s’élargisse le champ de ces droits, car, pour l’heure, ceux-ci, qui visent à poser un cadre à la relation homme-animal, servent le plus souvent à codifier l’exploitation des seconds par les premiers. La question est la suivante : comment les associations de défense peuvent-elles s’accommoder des rares articles de loi qui concernent la protection réelle et effective des animaux contre la brutalité et la cupidité des hommes ? Elles sont pourtant bien souvent les seuls garants de l’application de ces lois auprès de la justice. Mais quels sont leurs recours réels ? Sur le terrain, quel est le rôle exact de la loi ? Le droit français, en ce qui concerne la protection stricte des animaux en tant qu’individus (si l’on écarte tout ce qui concerne les animaux au seul titre de l’espèce), se résume à assez peu de choses. En outre, les animaux sauvages qui ne font partie d’aucune espèce protégée ne bénéficient, eux, d’aucune protection légale, c’est encore plus vrai dans le cas des espèces déclarées « nuisibles » auxquelles l’on peut faire subir ce que l’on veut, et l’on ne s’en prive pas (voir certaines pratiques de chasse…). Le code pénal comporte plusieurs articles essentiels concernant les animaux : l’article 521-1[1], l’article 653-1[2], l’article 654-1[3] et l’article 655-1[4]. Il y aurait de nombreux commentaires à apporter, notamment sur l’introduction de la notion de « nécessité » dans la mise à mort, bien commode pour tolérer certaines pratiques comme les « euthanasies » arbitraires dans les fourrières ou certains refuges… On remarquera par ailleurs que l’article 521-1 est accompagné d’une dérogation de taille : « Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie ». Cette aberration du droit français a été suffisamment commentée par ailleurs, nous n’y reviendrons donc pas ici, mais nous soulignerons l’imprécision des termes « tradition locale ininterrompue ». Qu’en est-il des autres articles ? Lorsqu’il s’agit de mauvais traitements, dont la gravité et la nature ne sont pas définis, la sanction n’outrepassera pas la simple amende. De même pour le fait de donner volontairement la mort, sans nécessité, publiquement ou non. Dans ce cas l’amende pourra se monter au maximum à 1.500 euros. Un plafond rarement atteint. Par ailleurs, il est bien rare que l’on ne puisse invoquer une quelconque nécessité à mettre à mort un animal… En réalité, les accusations pour sévices graves et actes de cruauté sont très peu retenues. Elles sont le plus souvent requalifiées en actes de maltraitance, et ne sont plus passibles que d’une amende, en supposant qu’elles arrivent jusqu’au tribunal. Quant aux actes de maltraitance… Nous verrons plus loin ce qu’il en est. Le code civil a récemment Continue Reading →